Il a bon dos le Diable. Bouc émissaire de nos travers, nous lui imputons volontiers la responsabilité exclusive de nos dérives.
Avec lui, nous faisons le grand saut stratosphérique sans parachute… et nous plongeons dans le gouffre de nos passions. Tout le long de cette interminable chute libre, chaque main tendue est une nouvelle tentation, réminiscence inlassable de ce qui nous attache à la chair et à son insatiable désir d’éternité.
Pourtant, le Diable est un sage… De tous les anges, il n’est sans doute pas le plus grand, mais il est indiscutablement le plus humain. Et dans sa sagesse, tout embrumée de vanités et de convoitises, il nous exhorte à maîtriser nos pulsions.
En fin de compte, sa plus brillante invention n’est-elle pas de nous avoir fait croire qu’il n’existe pas ?
D’après « L’enfer », Hans Memling (vers 1435 – 1494)
Le Diable endosse la tâche ingrate de porter la lumière céleste sur Terre.
Face à la crudité de cette carte, nous sommes littéralement mis à nu. Son graphisme perturbant évoque les dérives du culte, de l’idolâtrie, de la perversion et de l’abus sous toutes ses formes. En multipliant les tentations, le Diable est le miroir des travers que nous ne voulons pas regarder.
En essence, la carte du Diable nous incite à maîtriser nos passions, à exercer le pouvoir avec humilité et à honorer le détachement. Du haut de son piédestal, sa domination est factice…
Cette carte est un rappel à l’ordre de notre ego dès qu’il se prend pour Dieu. Si pervertir signifie transgresser la nature, dans sa version prométhéenne, le Diable nous met immédiatement en garde : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
« tout pouvoir implique une grande responsabilité… et le céder sans discernement est pur aveuglement »
Maxime du Diable